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Troubles intestinaux chez les sportifs & FODMAP

Le régime FODMAP prometteur


La diarrhée du coureur est un mal bien (trop) connu des sportifs. Les mesures hygiéno-diététiques classiques ne permettent pas toujours d’échapper à ce désagrément. L’adoption d’une alimentation pauvre en sucres fermentescibles, FODMAP, initialement préconisée chez les personnes atteintes du Syndrome de l’Intestin Irritable (SII), semble une piste encourageante pour bénéficier d’un confort digestif optimal, et ainsi optimiser ses performances.


« Les troubles digestifs concernent 30 à 50% des sportifs, les taux les plus élevés se rencontrant dans les disciplines imposant des efforts de longue durée s’effectuant en partie ou totalement en courant», comme le précise Denis Riché dans son ouvrage Micronutrition Santé et Performance (1). Lors de ce type d’effort, le tube digestif est malmené. Il subit des ondes de choc provoquées par chaque foulée qui déclenchent l’onde péristaltique, permettant la progression du bol alimentaire dans l’intestin. En outre, la déshydratation diminue l’irrigation de l’intestin au profit des muscles et de la peau pour la thermorégulation. Ces attaques altèrent la perméabilité intestinale, qui elle-même augmente l’hypersensibilité intestinale. Les symptômes occasionnés, crampes abdominales, diarrhées, rejoignent ceux rencontrés par les personnes atteintes du SII.

 

Les FODMAP pour réduire les symptômes

Depuis quelques années, l’équipe du Docteur Shue Shepherd de la Monach University de Melbourne, en Australie, a élaboré le régime pauvre en FODMAP, pour soulager les symptômes des personnes atteintes du SII. FODMAP est l’acronyme des glucides fermentescibles: les oligosaccharides, les disaccharides, les monosaccharides et les polyols. Ces sucres sont peu assimilables. Leur fermentation par les bactéries du colon entraine une production accrue de gaz, ce qui engendre des douleurs et un appel d’eau dans l’intestin par effet osmotique, à l’origine des désagréments intestinaux. Le régime pauvre en FODMAP, améliorerait les symptômes chez 68% des patients atteints du SII (2). Et selon une étude publiée dans le Journal of Exercise and Nutrition, JEN (3), l’alimentation pauvre en FODMAP pourrait également être bénéfique chez les athlètes.

 

Le corps mis à rude épreuve

Lors d’une activité intense, l’irrigation de l’intestin chute, d’autant plus quand la température est élevée. Pour enrayer ce phénomène, un plan d’hydratation est indispensable, avec une boisson à température modérée, entre 10 et 15 degrés, dont l’osmolarité est adaptée à l’effort et aux conditions climatiques, avec un rapport glucose/fructose proche de 1 pour un meilleur niveau d’absorption intestinale dû en particulier à un moindre risque de saturation des transporteurs intestinaux, et une prise à intervalles réguliers dès le début de l’effort. Il est aussi recommandé de respecter un délai de trois heures entre le dernier repas et l’activité pour que le sang soit disponible au niveau musculaire pour les besoins directs liés à l’effort. D’autre part, les aliments qui accélèrent la vidange gastrique, comme les fibres et la caféine, ou qui la retardent, notamment à base de graisses cuites, sont à éviter avant l’épreuve. La mesure diététique à ajouter serait donc de limiter les FODMAP dont la fermentation importante par les bactéries coliques, surtout s’ils sont consommés en grande quantité, accentueraient les répercutions digestives et intestinales de la pratique intensive d’un sport d’endurance.

 

Le sportif, grand consommateur de glucides

Comme le souligne l’étude du JEN,  le lien entre les troubles intestinaux de l’athlète et les FODMAP n’est pas étonnant compte tenu de la place occupée par les glucides dans l’alimentation du sportif d’endurance.  En effet, un grand nombre d’aliments communément consommés par les sportifs sont des sources élevées de FODMAP, comme les pâtes, riches en fructanes (Oligosaccharide), les pommes ou la pastèque, qui contiennent beaucoup de fructose (monosaccharide), le lactose (Disaccharide) des produits laitiers ou encore les polyols contenus dans les édulcorants.
Toujours selon l’étude du JEN, une majorité des coureurs qui ont suivi l’expérience ont constaté une amélioration de leurs symptômes intestinaux avec une alimentation pauvre en FODMAP. Néanmoins, l’impact de la déshydratation et de la qualité et quantité de fibres consommées par les sportifs n’a pas été pris en compte dans l’étude.

 

Attention aux carences

Certains nutritionnistes, comme Xavier Bigard et Charles-Yannick Guezennec, dans leur livre « Nutrition du Sportif » (4), se questionnent sur les dangers du régime FODMAP pour les athlètes « chez le sportif, le régimes FODMAP présente un risque de carence, voire de dénutrition ». D’ailleurs, Florian Saffer, Diététicien, précise dans son article paru dans la revue spécialisée Pratiques en Nutrition (3), « cet accompagnement doit être réalisé par un spécialiste de la nutrition ayant une maîtrise théorique et pratique de ce régime ». Car le programme FODMAP se déroule en deux étapes. La première phase consiste à supprimer l’ensemble des aliments contenant des FODMAP pendant six à huit semaines. Puis en cas d’amélioration des symptômes, le diététicien spécialisé accompagne la personne dans la réintroduction des aliments riches en FODMAP « la réintroduction (…) doit se poursuivre jusqu’à ce que le patient ait une connaissance parfaite de ses tolérances digestives et des aliments qu’il doit consommer avec prudence », ajoute F. Saffer.

 

La piste des régimes FODMAP pour améliorer le confort digestif des sportifs semble prometteuse. Il semble en effet exister un lien entre les sucres fermentescibles et les troubles intestinaux. Ce qui n’exclue pas pour autant un programme d’hydratation optimal et une alimentation pauvre en fibres irritantes et en caféine le jour de l’activité. Peut-être qu’un nouveau protocole d’application du programme FODMAP, adapté aux périodes d’entrainement et à celles de compétitions, verra le jour afin d’exclure tout risque de carence chez le sportif.
 
Gwladys Serrano Vivien

 


Sportif et Fodmap

 
Références :
 
(1) Denis Richer, Dr. Didier Chos, Micronutrition Santé et Performance. DeBoeck Superior, 2008. 75 p. (Collection « Sciences et pratiques du sport »).
 
(2) Florian Saffer, Place de l’alimentation pauvre en Fodmap dans le syndrome de l’intestin irritable, Pratiques en Nutrition Santé et Alimentation, 2017, n°50, P, 28-29.
 
(3) Wiffin, M., Smith, L., Antonio, J. et al. Effect of a short-term low fermentable oligosaccharide, disaccharide, monosaccharide and polyol (FODMAP) diet on exercise-related gastrointestinal symptoms. J Int Soc Sports Nutr 16, 1 (2019)
 
(4) Xavier Bigard, Charles-Yannick Guezennec, Nutrition du Sportif. Elsevier Masson, 2017. 45 p. (Collection Sport)

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